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Gestion du Covid19 : « Cette crise va bien au-delà des appartenances partisanes des uns et des autres.» (Floribert Anzuluni, coordonnateur du mouvement Filimbi)


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A travers son dernier communiqué,  Filimbi annonçait le lancement de sa compagne de sensibilisation de proximité sur les mesures préventives en vue de stopper la propagation du Coronavirus en RDC. Dans cette interview, Floribert Anzuluni, coordonnateur du mouvement, revient sur les grandes lignes de ce communiqué et analyse la gestion actuelle de la pandémie par les autorités du pays. 

Depuis le début de mois de mars 2020, la RDC, à la suite des autres pays du monde, est confrontée à son tour à la pandémie du Covid19 : 123 cas déclarés et 9 morts et guérisons. Comment jugez-vous la gestion de cette crise sanitaire à partir de la confirmation du premier cas à aujourd’hui ?  

Comme nous l’avons indiqué dans notre dernière communication, à ce jour nous estimons que la gestion locale de cette grave crise sanitaire mondiale n’est pas du tout appropriée. En effet, nous constatons un manque criant de coordination. Trois pôles semblent coexister : le Ministère de la Santé dont le responsable semble être en déphasage avec la crise ; la Cellule de riposte coordonnée par le Dr Muyembe -dont l’expertise et l’expérience ne sont plus à démontrer-mais qui semble isolé et surtout totalement dépourvu de moyens humains, financiers et logistiques. Nous savons tous que seul, le Dr Muyembe ne pourra faire grand-chose.  Jusque-là, par exemple, aucune suite n’a été donnée à sa demande de budget estimé à 135 millions de dollars. Le troisième organe est la Cellule de crise mise en place à la Présidence de la République. Elle est sous la coordination du Conseiller en charge des questions liées à la santé. Elle comprend en son sein le Premier Ministre, le Coordonnateur de la Cellule de riposte, le ministre de la santé et différents autres responsables des services de sécurité.

Au-delà des mesures importantes énoncées par le Président de la Républiques lors de ses différentes prises de parole, nous ne sentons aucune vision stratégique, aucun plan global. Les mesures d’accompagnement sont soit inexistants, soit appliqués avec trop peu de sérieux et de rigueur. Le manque de coordination entre les différentes entités engendre une communication cacophonique et démobilisatrice, et au bout du compte une gestion très peu efficace, je dirais même très dangereuse car le pays compte déjà une dizaine de morts. Nous, Filimbi,  faisons de la sensibilisation de proximité auprès des citoyens, et je peux vous assurer que si nous ne changeons pas rapidement de cap les conséquences seront désastreuses pour nous tous.

Revenons à ce dernier communiqué. Vous y dénoncez la « gestion boiteuse et tâtonnante » de la pandémie du Covid19. Cette affirmation n’est-elle pas simplement polémiste ? En effet,  quand on regarde à travers le monde,  on remarque qu’aucun pays n’était préparé à l’ampleur que prendrait cette maladie…

L’intensité de la crise est telle que même les états plus ou moins organisés sont complètement dépassés. C’est une réalité.  Néanmoins, ce qui se passe en RDC est totalement inacceptable. D’une part, notre système sanitaire est complètement délabré, mais d’autre part, désolé de le dire aussi crument, nous sentons un manque criant de leadership associé à un mélange d’amateurisme, d’inconscience, et d’incompétence.  Conséquence ? La population est complètement perdue, elle ne prend pas la mesure de la gravité de la crise. Que dire alors de l’annonce improvisée d’un confinement total dit intermittent faite à la dernière minute-dont l’efficacité reste à vérifier- et annulé avec une légèreté déconcertante ? La veille du jour annoncé a probablement été l’un des jours où il y a eu le plus de contamination, c’est criminel. Le responsable, qui est le gouverneur de la ville de Kinshasa, devrait au minimum démissionner s’il a un peu de respect pour les citoyens que nous sommes. De plus, lorsqu’on analyse froidement la gestion de la crise dans notre pays, les questions ci-après surgissent quasi immédiatement :

- Pourquoi un comité scientifique intégrant toute l’expertise locale en la matière n’a toujours pas été mise en place ? Je le répète, le Dr Muyembe ne pourra pas venir au bout de cette crise à lui tout seul. Nous avons une multitude d’experts, spécialités, universitaires et autres qui devraient être associés au niveau stratégique, à ce sujet nous n’avons visiblement aucune stratégie globale.

 - Qu’en est-il du financement de cette crise qui exige d’importants moyens ? Quelle est la capacité de l’Etat ? Qu’est-ce qui a déjà été disponibilisé par l’Etat ? Qu’est-ce qu’on en a fait ? Très peu de transparence sur le sujet. Ce qui est à la base d’un manque de confiance des citoyens vis-à-vis des institutions et de beaucoup de spéculations. Comment l’Etat pourrait-il mobiliser la solidarité des citoyens dans ces conditions ?

C’est pour cela que nous recommandons vivement de confier la gestion du fonds de solidarité à des structures non partisanes crédibles et fiables tel que l’Eglise Catholique, l’ECC et d’autres organisations de la société civile, sous la coordination de la Cellule de riposte.

Quelles propositions ou solutions concrètes, Filimbi préconise-t-il pour pallier aux faiblesses de l’application des mesures prises par les autorités ?

Nous allons tout d’abord poursuivre notre campagne de sensibilisation non seulement de manière virtuelle mais aussi et surtout de proximité, tant que ce sera encore possible, en collaboration avec d’autres compatriotes. La sensibilisation doit absolument être intensifiée, c’est de la responsabilité de chacun d’entre nous. Ensuite, nous allons continuer à mettre la pression sur les autorités pour qu’elles remplissent correctement la mission qui est la leur. Nous ne pourrons pas sortir de cette crise sans cela. Enfin, nous allons également continuer à faire des propositions concrètes et constructives dans les limites de nos capacités comme celles qui figurent dans notre dernier communiqué. Les plus techniques étant connues, en voici quelques autres : la mise en place d’un comité scientifique ; l’intensification de  la sensibilisation de proximité car la grande majorité de nos compatriotes n’ont pas accès aux médias et/ou réseaux sociaux ; le déploiement des points d’eau avec savon aux endroits les plus fréquentés tel que les arrêts de bus, les marchés ; le contrôle de l’évolution des prix et la sanction sévère de tous les opérateurs qui tentent de profiter de cette situation pour augmenter irrégulièrement les couts de différents produits ; Le respect du code du travail par les employeurs. Il est important aussi que l’Etat se rassure de cela et sanctionne ceux qui en abuseront. Nous avons échos de certains abus que nous sommes en train de documenter.

Qu’en est-il du confinement général ?

Voilà un autre sujet dont la gestion peu rigoureuse risque de rajouter une grave crise sociale à la crise sanitaire actuelle, le confinement avorté à Kinshasa est un exemple effrayant. Je ne suis pas un expert mais suivant ma compréhension, la mesure de confirment, dont le principal objectif est de réduire la propagation du virus, ne pourrait être véritablement efficace que si elle est associée à d’autres mesures publiées par l’Organisation Mondiale de la Santé telles que : le développement, la formation et le déploiement d’une force de santé publique suffisante ; la mise en place d’un système pour trouver chaque cas suspect ; l’augmentation de la capacité et de la disponibilité des tests ; l’identification et l’adaptation des installations qui seront utilisées pour traiter et isoler les patients ; l’élaboration d’un plan claire de quarantaine, etc. Est-ce le cas aujourd’hui en RDC ? Sans oublier bien entendu des mesures d’accompagnement pour gérer la situation sociale, déjà catastrophique, qui ne cesse de se dégrader et risque de créer une implosion. Ne dit-on pas que « ventre affamé n’a point d’oreilles ». Qu’on se le dise, il n’existe pas une solution miracle appelée confinement. De mon point de vu, l’urgence devrait être la mobilisation des ressources nécessaires pour renforcer notre système de santé, afin qu’elle soit capable de gérer au mieux les cas les plus graves, ainsi qu’une sensibilisation de masse sur la maladie et les attitudes minimales que chacun d’entre nous devrions adopter.

Seriez-vous prêts à rencontrer les autorités du pays, le Chef de l’Etat par exemple pour faire part de toutes ces propositions ? 

Cette grave crise va bien au-delà des appartenances partisanes des uns et des autres. La vie de chacun d’entre nous est potentiellement en danger. Personne n’est à l’abri. C’est la nation tout entière qui est en danger. Pour vaincre le Covid19, il va nous falloir une très forte cohésion et beaucoup de sacrifices. Nous devrons donc être soudés et nous serrer fortement les coudes. Les jours, les semaines et les mois à venir seront certainement très difficiles. Nous l’avons dit et nous le répétons : l’implication des institutions de l’Etat est primordiale pour réguler et mettre en place certaines mesures d’accompagnement.  Nous sommes donc totalement disponibles à échanger avec toute autorité dont les responsabilités sont liées à la résolution de la crise. En même temps nous invitons le Président à jouer pleinement son rôle de leadership dans une telle situation : celui de coordonner l’ensemble des initiatives mais également de tout mettre en œuvre pour faciliter la cohésion entre citoyens. 

On a eu l’habitude de voir Filimbi s’impliquer dans des causes plutôt « politiques ». Là, on vous voit très engagé dans la sensibilisation, la lutte contre le Covid19. Pourquoi ce revirement soudain du mouvement ?

Cette question confirme que nous n’avons probablement pas été bien compris par une partie de nos compatriotes. Il n’y a aucun revirement, nous sommes pleinement dans les objectifs que nous nous sommes assignés comme citoyens engagés. Nous sommes des sensibilisateurs, des sentinelles, des éclaireurs. Pour rappel, l’objectif principal du mouvement est d’accroître la participation citoyenne, plus particulièrement celle des jeunes qui sont majoritaires, et d’encourager le dialogue entre les citoyens et les acteurs tant sociaux que politiques pour améliorer la qualité de vie de la population. Cela suppose que les citoyens connaissent leurs Droits qui sont liés à leurs Devoirs. Ils doivent aussi connaitre le fonctionnement de l’Etat et les différents niveaux où se prennent les décisions, et développer ainsi la capacité d’influencer sur les décisions publiques/politiques. C’est de cette manière que chaque citoyen pourra s’assurer que ces décisions bénéficient au plus grand nombre de tous. Pour se faire, notre mouvement fournit aux citoyens un cadre et des outils susceptibles de faciliter un engagement citoyen et l’exercice de leurs Droits et Devoirs civiques en toute conscience afin d’apporter un Changement positif dans leur milieu de vie.

Cellule de communication/Filimbi

 

 

 

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Postée le 02 avril 2020
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